Les « BOIS DE JUSTICE » de la REVOLUTION (article de 2014)
Bonjour à tous et Bienvenue !
Les « BOIS DE JUSTICE » de la REVOLUTION (article de 2014)
Depuis plus de quinze ans, je réalise des maquettes hippomobiles (fiacre, boguet, omnibus, grand coupé de gala, voiture de poste, vis-à-vis, briska…), chacune est issue d’un modèle réel existant ou ayant existé.
C’est déjà une passion, mais c’est aussi, des expositions sur demande, afin de communiquer cette motivation de conduite d’un projet sur plusieurs mois. C’est également la rencontre, avec les anciens qui ont connu la voiture à cheval, ce sont des échanges formidables, car je suis toujours en ‘apprentissage’.
Il y a trois étapes, la première est la recherche par internet, puis la visite, enfin la réalisation.
Mes recherches par internet ont deux objectifs. Découvrir l’histoire du modèle, son usage, ses particularités, et identifier son lieu de visite.
Je suis convaincu que rien ne peut remplacer un déplacement sur le terrain. Pour plusieurs raisons, c’est déjà le contact humain, exceptionnel avec des passionnés. Chaque rencontre est un temps fort, très vite, un langage vrai s’instaure dans un climat de confiance, le résultat est toujours très généreux. C’est aussi l’opportunité de photographier chaque petit détail, se constituer une base de travail par des cotations, croquis…et puis il y a l’odeur, le toucher, le visuel. En un mot le contact est incontournable !
J’adresse tous mes remerciements les plus sincères à Madame Boissoneau , Madame Olivia BOUF, Madame Marie-Hélène CHAMBON, et à son équipe pour la gentillesse, la cordialité et un accueil chaleureux au musée ‘Musée DUFRESNE’, au Moulin de Marnay, à AZAY-LE-RIDEAU.
Ce voyage dans le temps, est l’œuvre d’un homme passionné, Mr Maurice DUFRESNE, ce musée abrite une impressionnante collection de véhicules : voitures, camions, motos, cycles, tracteurs, fiacres, il y a même une carriole de rémouleur, un stand forain de confiserie, matériel agricole, métiers à tisser, une imprimerie…
A découvrir également les motocyclettes ‘Boutin’, ou ‘Benjamin’, ou l’avion monoplan de type XI construit pas Blériot, pour sa traversée de la Manche.
Le musée abrite également d’impressionnantes machines dont les mécanismes sont, pour certains, toujours en activité, comme la turbine ‘Fontaine’ qui entraînait le mécanisme de l’imposantes roue à aubes de l’ancien moulin.
Sans oublier, de très nombreuses armes blanches et à feu et toute une série d’objets insolites dont des têtes de cire de condamnés uniques au monde et une guillotine mobile datant de la révolution.
C’est cette dernière que j’ai reproduite. Unique en France, vestige de notre passé, c’est le témoignage historique des années de la ‘grande Terreur’. Je pense qu'il n'est pas possible de rester insensible ou indifférent devant ce monument, par son vécu, son histoire, mais aussi par ces dimensions supérieures à cinq mètres de long, plus de deux mètres de large, et bien de 4 mètres de haut, est très impressionnant !
Maurice DUFRESNE l’a découverte en 1969, sur un chantier de démolition proche de la rue des Tanneurs à TOURS.
Entièrement démontée, elle se trouvait parmi des poutres et des ferrailles. C’est trente ans plus tard, en voulant nettoyer l’endroit où il l’avait entreposée que Maurice DUFRESNE découvrit le mouton (pièce de fer qui s’emboîte sur la lame pour lui donner du poids) et comprit alors de quoi il s’agissait !
Il refit les pièces manquantes ou abimées par le temps et la repeignit en rouge vif, couleur utilisée à l’époque pour éviter que l’on distingue les éclaboussures de sang sur les montants.
Après expertise, il s’agirait d’une guillotine mobile, livrée en 1794 au département d’Indre-et-Loire.
Conduite de nuit, par deux cochers, elle est restée en service jusqu’en 1853. Puis fut remisée, sur l’ordre du ministère de la Justice, à l’administration des domaines le 20 Janvier 1854, pour être vendue aux enchères publiques.
L’expertise de cette guillotine a été menée sous la présidence de M. Jean PETIT, président honoraire du tribunal de grande instance de Tours, et vice-président de la société archéologique de Touraine de 1983 à 1993.
L’authentification de ce véhicule est une très bonne chose. Mes recherches sur internet me permettent simplement de constater que le mécanisme déclencheur, du modèle exposé, n’est pas comparable avec les dernières machines utilisées, beaucoup plus évoluées. A cette période la décollation s’exécutait sur un échafaud, la hauteur de la plateforme du véhicule semble être un point commun.
Malgré tout, je n’ai pas réussi à identifier le concepteur du montage de la guillotine sur un chariot.
Ce coup de cœur pour ce véhicule, va bien au-delà de la maquette. Effectivement elle m’évoque non seulement le 14 Juillet 1789, la prise de la Bastille, symbole de l’absolutisme royal, avait la fonction d’un dépôt d’armes, et faisait office d’une prison.
Egalement, c’est la naissance et proclamation des droits de l’homme, le droit à la propriété, la laïcité, et un peu plus tard, la naissance de notre drapeau national avec ces trois couleurs !
Cela sous-entend aussi, une période de notre histoire trouble, conflictuelle, par ces famines successives, ces mauvaises récoltes, avec un impact direct sur les prix du blé, des loyers…Tout cela dans un contexte économique des plus tendu (participation de la France à la guerre d’indépendance américaine…) Et c’est l’exaltation, la peur, la détresse humaine, la délation, le régime de la Petite Terreur puis de la grande Terreur, qui se met en place .
Des milliers de gens étaient conduit à l’échafaud (innocent ou pas !) ou bien étaient déportés en Guyane, Ile de Ré, sans oublier le génocide Vendéen. Et ce, jusqu’à la fin de Robespierre en Juillet 1794 !
Durant cette période près de cinquante guillotines seront installées en France. Ces véhicules, robustes chariots, équipés de la ‘machine’ se déplaçaient d’une ville à l’autre, que de nuit et sous bonne garde.
Lorsque je me suis retrouvé devant les marches de cette voiture, malgré le bruit environnant, j’étais dans mes pensées et rien ne pouvait m’empêcher d’imaginer la foule, le service d’ordre, l’attente de l’exécuteur des « hautes œuvres » et de ses deux aides (la loi du 13 juin 1793 établira d'abord un « exécuteur » par départements, chacun assisté de deux aides, sauf celui de Paris qui en avait quatre). La charrette qui arrive, et la suite qui fait froid dans le dos…
Après ce petit moment de recueillement, la motivation de la ‘mission’ à repris le dessus. Toujours accompagné de ma photographe préférée, mon épouse, nous avons commencé par le dessous du chariot. Effectivement, il y a tout un système de poulies et de roues dentées permettant de remonter le mouton au niveau le plus haut des ‘bois de la Justice’.
Puis j'ai réalisé la face avant : le timon, les palonniers. Ensuite le coté latéral droit, puis gauche, et enfin la face arrière et les freins.
Enfin je suis passé à la partie supérieure, siège des cochers, puis, la bascule avec son système d’inclinaison, la ‘machine’ et son mécanisme, sans oublier tous les équipements (système de blocage du mouton, lunette…)
En fait, ce véhicule est doté d’une technique étonnante, Ce constat, est très vite apparu, dès le premier croquis, j’ai remis un niveau supplémentaire au défi que je m’étais donné ! Et aussi par sa conception, elle est bien différente de mes autres créations.
Pour exemple : Les raies des roues sont des barreaux, les poulies dentées doivent être montées sur l’axe à l’identique, le système de poulies pour remonter le mouton, sans parler des équerrages, du rapport de charge, des degrés de perçage, et autres petites surprises qui vont j’en suis certain, alimenter ma créativité.
La réalisation de cette maquette m’a apporté beaucoup de plaisir durant environ 350 heures. Nous adressons toute notre gratitude à Madame Boissoneau, Madame Bouf, Madame Chambon et à son équipe, pour la tenue, la gestion, d’un musée exceptionnel, et aussi pour l’accueil chaleureux qui nous a été réservé, nous en garderons un excellent souvenir. ENCORE MERCI !